Tutelle du CNRSMONARIS (UMR 8233) de la Molécule aux Nano-objets : Réactivité, Interactions et Spectroscopies

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MONARIS fondateur du LIA associée CNRS avec le Musée du Palais, Pékin, Chine : LA CIRCULATION DES OBJETS EMAILLES ENTRE FRANCE ET CHINE

Le CNRS vient de valider la constitution d’un LIA entre le Musée du Palais de Pékin et quatre laboratoires français, le Centre de recherche sur les civilisations de l’Asie orientale (CRCAO, UMR8155 Collège de France - EPHE - Université Paris 7 Diderot), le Laboratoire Identités-Cultures-Territoires (ICT EA 337, Université Paris 7 Diderot), le Centre Alexandre Koyré (CAK, UMR8560 – EHESS – CNRS – MNHN) et MONARIS. Des chercheurs du Centre d’étude sur la Chine moderne et contemporaine (UMR8172 CNRS – EHESS), du Centre André Chastel (UMR8150 CNRS – Université Paris Sorbonne), et de nombreux musées (Beaux-arts de Limoges, Compagnies des Indes de Lorient, http://www.chateauversailles.fr/homepage, Cité de la Céramique Sèvres & Limoges, des Arts décoratifs Paris, des Arts asiatiques – Guimet et du C2RMF participeront aussi comme membres – associés du LIA[1]. Un carnet de recherche en ligne informe sur le projet et son avancement trenamelfc.hypotheses.org

Email de Limoges, 18e siècle (Coll. musée des arts décoratifs, Paris ; les différents points analysés sont notés). Photo Ph.C. DR.

L’objectif de ce LIA coordonné par les Drs Bing Zhao (CRCAO) et Gangyao Wang (MP) avec au Comité de Direction Ph. Colomban (Monaris), L. Hilaire-Pérez (EHESS-Paris 7) et V. Notin (Conservatrice, Limoges) d’une part et L. Chen (MP) et W. Ren (MP) d’autre-part, est d’étudier la circulation des savoirs concernant les objets émaillés entre la France et la Chine de la fin du 17e siècle au milieu du 19e siècle.

S’il est bien connu que les productions chinoises, en particulier les Bleu-et-Blanc Yuan et Ming séduisirent les cours royales et princières dès leur découverte par les élites européennes à la fin du Moyen Age[2,3] et firent l’objet d’un commerce important par les marchands portugais puis les Compagnies des Indes. Cette séduction en fit les modèles des premières Manufactures de porcelaine européennes, d’abord à Florence avec la porcelaine hybride des Médicis (1575-1587)[4], puis à Rouen (>1673) et Saint-Cloud (>1695) les porcelaines tendres[5] et enfin à Meissen (>1694) et Vienne (>1718), la porcelaine dure[6]. De très nombreuses autres Manufactures furent crées de Capo di Monte à Saint-Pétersbourg, de Burslem à Buen Retiro en passant par Tournai. Les innovations faites en Europe et particulièrement en France (Manufactures royales de Vincennes et Sèvres, Manufactures de Saint-Cloud, Chantilly, Mennecy, Strasbourg, etc.[7] dans les techniques d’émaillage conduisirent à un transfert inverse d’objets et de savoir-faire.

En effet, si le 18e siècle, période dite des « Lumières », est bien connu pour son bouillonnement intellectuel, symbolisé par les publications des philosophes mais aussi par celles de l’Histoire Naturelle de Buffon ou de l’Encyclopédie de d’Alembert, c’est aussi à cette date que se fait l’essor de la Chimie "académique" avec les premiers Cours au Jardin du Roi (Muséum), la publication de nombreux ouvrages techniques ainsi que les premiers travaux – et publications aux Mémoires de la toute jeune Académie des Sciences – à partir de 1716 par R.A. Ferchault de Réaumur concernant l’analyse des porcelaines et des aciers "damassés".[8,9] Durant la seconde moitié du 17e et pendant le 18e siècle l’essor des Arts du Feu conduisit à l’invention et à la maitrise de nouvelles matières, en particulier de nouveaux agents colorants, étendant la palette de couleurs.

Email cloisonné Ming, détails ; noter les cloisons de laitons structurant le dessin et délimitant les zones émaillées (Coll. musée des arts décoratifs, Paris, Photo Ph.C. DR).

Plusieurs siècles auparavant, sous les Yuan et les Mings une technologie d’émaillage occidentale, l’émaillage sur métal inspira la production chinoise d’émaux cloisonnés, au point que le mot pour qualifié ce type de produit "Falang" est l’homonyme du terme servant à nommer la France. Ce terme est utilisé en chinois pour qualifier les émaux qu’ils soient sur métal ou sur porcelaine. L’installation des Jésuites à la cour des Qing et leur rôle dans le partage de connaissances concernant les mathématiques, l’astronomie, la mesure du temps a fait l’objet d’études approfondies mais leur rôle exact dans les échanges de savoir-faire en Arts du Feu reste à préciser. On sait qu’un Jésuite italien s’intéressa aux techniques verrières.

Email sur porcelaine (bol Falang, vers 1723-1735, atelier du Palais impérial), Coll. Musée des arts asiatique-Guimet, photo Ph.C. DR)

Le projet est dual :
- d’une part poursuivre l’analyse des Lettres et archives jésuites et de comparer les minutes de la Cour de Chine avec les correspondances diplomatiques de France et de Chine pour en extraire les informations concernant les échanges, et

- d’autre part étudier expérimentalement les technologies d’émaillage utilisées en France et en Chine pour la décoration des grès et porcelaines et du métal.

La plupart des objets étant unique et de grande valeur les analyses seront faites en France et en Chine avec des instrumentations non-invasives, et - les objets ne pouvant sortir de leur lieu de conservation – mobiles. Le laboratoire MONARIS (formé à partir du LADIR en 2012) est à l’origine du développement de ces méthodes depuis plusieurs décennies et est considéré internationalement comme leader dans l’analyse non-invasive principalement par microspectroscopie Raman et par fluorescence X des chefs d’œuvres en verre, céramique ou métal émaillé.[8-13]

Dispositif mobile d’analyse Raman appliqué à un bol ‘Falang’ d’atelier impérial (premier quart du 18e s.). La tête déportée portant un objectif de microscope (x200) à longue distance de travail est placée sur un dispositif micrométrique XYZ ; la tête reçoit le faisceau monochromatique du laser situé sur le planché via une fibre optique ; le signal Raman recueilli par l’objectif d’illumination est filtré puis envoyé par la seconde fibre au spectromètre situé aussi à droite sur le plancher et visualisé sur l’écran du portable gérant la mesure (ici les bande fines sont celles du pigment jaune) ; pendant la mesure le tissus noir isole l’objet et la tête de mesure de la lumière ambiante (Coll. musée des arts asiatiques – Guimet, Paris, photo Ph.C. DR).

Les collections françaises d’arts décoratifs sont particulièrement riches, aussi bien en productions chinoises, y compris provenant des ateliers impériaux de Chine ou du Palais même,qu’en productions des différentes manufactures européennes de porcelaine, de verre ou de métal émaillé. De nombreuses porcelaines et grès émaillés des principales manufactures françaises et européennes des 17e et 18e ont déjà été étudiés par notre équipe[4-6,12] et nous disposons d’une vue complète de la palette technologique concernant l’émaillage aux 17e, 18e et 19e siècles, travaux effectués en collaboration avec la Cité de la Céramique, le musée des arts décoratifs et le musée du Louvre. Il en est de même pour les émaux de Limoges du Moyen Age et de la Renaissance et pour l’émaillage du verre, des périodes romaines au 20e siècle.[9-11,13-15] Les techniques d’émaillage de Chine ont fait l’objet de nombreuses études mais par des méthodes destructives.[16,17]

Dans le cadre du LIA nous focalisons notre attention sur les objets "français" ayant ou ayant pu servir de modèles aux productions chinoises et nos collègues chinois étudierons les objets en questions. Les productions tardives des émaux de Limoges ont déjà été identifiées comme appartenant à ce groupe. Ces productions du 18e, éclipsées par celles plus anciennes[13] sont mal connues. L’étude des premières publications ‘modernes’ décrivant les procédures (ouvrage de Bontemps et Encyclopédie Roret),[18-20] la comparaison des analyses et des recettes devrait apporter une bonne connaissance des technologies et permettre de comparer efficacement avec les conclusions tirées de l’étude des objets chinois et de confronter l’ensemble aux analyses des archives.

Références

1. B. Zhao, G. Wang, I. Biron, Ph. Colomban, L. Hilaire-Pérez, La circulation des techniques de l’émail entre la France et la Chine du XVIIème au XIXème siècle, Le CNRS en Chine, Bulletin n° 21 Hiver 2016, 21-25 lien.pdf
2. Ph. Colomban (Dir.), Routes & Echange de la céramique avant le XVIè siècle, Taoci, 4, SFECO Editions Findakly.
3. M. Crick (Dir.), Le bleu-et-blanc, du Proche-Orient à la Chine, Taoci 1, SFECO 6 Editions Findakly.
4. Ph. Colomban, V. Milande, H. Lucas, On-site Raman Analysis of Medici Porcelain, J. Raman Spectrosc. 35 [1] (2004) 68-72.
5. Ph. Colomban, I. Robert, C. Roche, G. Sagon, V. Milande, Identification des porcelaines "tendres" du 18ème siècle par spectroscopie Raman: Saint-Cloud, Chantilly, Mennecy et Vincennes/Sèvres, Revue d’Archéométrie 28 (2004) 153-167.
6. Ph. Colomban, G. Sagon, X. Faurel, Differentiation of Antique Ceramics from the Raman Spectra of their Colored Glazes and Paintings, J. Raman Spectrosc. 32 [5] (2001) 351-60.
7. Voir les romans de J.P. Desprat : Bleu de Sèvres (2006), Jaune de Naples (2010), Rouge de Paris (2013). Seuil & Livre de Poche.
8. Ph. Colomban, Analyse non destructive des objets d’art par méthodes spectroscopiques portables, Techniques de l'Ingénieur, 2012. RE 217, 1-18 ; doc-RE 217, 1-2.
9. R.A. Ferchault de Réaumur, Observations sur la matière qui colore des perles fausses et sur quelques autres matières animales d’une semblable couleur, à l’occasion de quoi on essaie d’expliquer la formation des écailles de poissons. Mémoires Académie des Sciences, Paris (1716). Idée générale des différentes manières dont on peut faire la porcelaine et quelles sont les véritables matières de celle de la Chine, Ibidem (1727).
Second mémoire sur la porcelaine ou suite des principes qui doivent conduire dans la composition des porcelaines de différents genres et qui établissent les caractères des matières fondantes qu’on ne peut choisir pour tenir lieu de celle qu’on emploie à la Chine, Ibidem (1729).
Mémoire sur l’art de faire une nouvelle espèce de porcelaine par des moyens extrêmement simples et faciles ou de transformer le verre en porcelaine, Ibidem (1739).
10. Ph. Colomban, L’identification non-destructive des émaux par microscopie Raman, in M. Blanc (Dir.) Emaux peints de Limoges, XVe-XVIIIe siècle, Paris : Les Arts Décoratifs, 21-25 (2011).
11. B. Kirmizi, Ph. Colomban, M. Blanc, On-site Analysis of Limoges enamels from 16th to 19th century, J. Raman Spectrosc. 41[10] (2010) 1240-1247.
12. B. Kirmizi, Ph. Colomban, B. Quette, On-Site Analysis of Chinese Cloisonné Enamels from 15th to 19th Century, Journal Raman Spectrosc. 41[7] (2010) 780-790.
13. Ph. Colomban, The Destructive/Non-Destructive Identification of Enameled Pottery, Glass Artifacts and Associated Pigments-A Brief Overview, Arts 2 (2013) 77-110.
lire
14. P. Ricciardi, Ph. Colomban, A. Tournié, V. Milande, Non-destructive on-site identification of ancient glasses: genuine artefacts, embellished pieces or forgeries ?, J. Raman Spectrosc. 40 (2009) 604-617.
15. M.C. Caggiani, Ph. Colomban, A. Mangone, C. Valloteau, P. Cambon, Mobile Raman spectroscopy analysis of ancient enamelled glass masterpieces, Analytical Methods 5 (2013) 4345-4354.
16. Z. Fukang, The origin and development of traditional Chinese glazes and decorative ceramic colors, in WD Kingery (Ed.), Ancient Technology to Modern Science, Ceramic and Civilization Vol. I, The American Ceramic Society, Columbus, 1984.
17. N. Wood, Chinese Glazes: Their Origins,Chemistry and Recreation; A & C Black Publishers Ltd: London, UK, 1999.
18. G. Bontemps, G., Guide du Verrier – Traité historique et pratique de la fabrication des verres, cristaux, vitraux. Librairie du Dictionnaire des Arts Manufacturés, Paris, 1868.
19. A. Brongniart, Traité des Arts Céramiques ou des poteries considérées dans leur Histoire, leur Pratique et leur Théorie, 3rd Edition, avec Notes et Additions par A. Salvetat, P. Asselin–Libraire de la Faculté de Médecine, 2 Vol. Paris, 1877.
20. H. Bertran, Nouveau Manuel Complet de la Peinture sur Verre sur Porcelaine et sur Email, Encyclopédie-Roret, L. Mulo Libraire Editeur, Paris 1913.

 

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